foule

Imaginer (dépasser)

À marcher donc. Les l’un après l’autre pas plus pointe que talon, large contact au sol de l’ensemble du pied comme plomb pour retour quotidien plaqué au sol encore. Jusqu’où encore ? En attendant — quoi — du dos parviennent des sons, de plus en plus des pas à mesure qu’ils s’approchent, de plus en plus ils montent, inconnus pourtant toujours dans le rien qu’est un pas, jusqu’à hérisser la nuque. De loin derrière jusqu’à toucher presque avancent plus vite que ses pas à pas à elle et dépassent finalement, comme ignorant la nuque qu’ils croisent et qui se tendait pourtant à rompre de leur arrivée. Bruis de pas de loin puis rien d’autre que le dos s’éloignant loin devant de moins en moins pas, s’éloignent bruits et dos en emportant la peur qu’ils avaient soufflée là, dans la nuque ; un souvenir froid y reste comme attendant la suite.
Plus d’un en fait parfois qui doubleront bientôt, souvent plus d’un, jusqu’à ce bruissement d’enfants qui grandit peu à peu comme sourdement un cri en serait mille tant mêlés qu’indicible autrement qu’en un seul. Et c’est bien une foule désordonnée qui frôle de tout côtés, un danger craint qui le sera encore une fois les dos passés.
Peur enfin que le tremblement d’alors ignore, sans pour autant la vaincre. Deux conjointement. Sans plus savoir qui cause quoi. Accepter le tout comme l’état un et unique de l’instant soi, cependant que pas à pas sur le quotidien elle retourne là où demeure. De loin y demeure : là où les pas mènent autant qu’ils en éloignent. Quotidien pas à pas, qu’elle tremble ou pas.

Imaginer (scène)

Wolfgang Amadeus Mozart – Ach, ich fül’s (La Flûte enchantée)
Sandrine Piau (soprano)

Un parmi d’autres, foule rassemblée là. Un, sans que finalement vu autre que soi et ce qu’en face, loin devant en contre-bas : vaste scène vide et celle qu’elle porte — bien que pas suffisamment vaste et vide pour qu’elle ne soit pas oubliée au profit de la minuscule. Rien su de ce qui doit alors frémir dans l’immensité droit devant, autour et aux pieds ; corbeille baignoires orchestre. Elle doit pourtant vibrer, quelques incongruités sonores s’en échappant par touches, de celles qui d’habitude font frémir et plaquent violemment jusqu’au réel. Pas même sue l’immensité elle-même qui nie le gouffre dont elle se fait habituellement un rempart. La nécessité alors qu’elle ou soi s’extraie de la scène et cherche l’obscurité profonde jusqu’à Un(e) sans que finalement vu autre que soi, tant peu soi qu’au tréfonds pas plus vu que sentis. Extrait de, s’oubliant. L’espace si plein qu’il n’existe plus qu’en tant que réceptacle clos tel que de toujours, mais de proportion inconnues. Car quelles pourraient-elles être devenues pour que tout soit soudain si plein qu’il faille fermer les yeux pour s’y retrouver un peu, s’assurer que l’on est soi, l’entendant. D’autant que ce n’est pas un comblement qui exclue mais un qui fragmente l’entendant jusqu’à la dispersion en chacune des vibration, réduisant à présent la salle au rien du peu de corps que l’on peut maintenir autour de soi.

Les clos encore, deux plus que jamais, chercher au fond l’inconnu qui fait cœur, laisser aux sons tout ce qu’autour, inane si non noyau ;
essayer de le lui écrire, de le lui dire ;
espérer que le temps pour le vide de retrouver son espace, ce centre rassemblera à lui les fragment dispersés ;
être là, se chercher encore un peu, vouloir se perdre à nouveau,
quand elle se sera tue.

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