sons

Imaginer (balladodifusion)

N’ayant nul où comme d’habitude se poser : lignes ou pages jusqu’à mots et lettres, et blancs et vides — espaces, féminines, entre eux tous, jeux du typographe où chercher la langue — les deux, bleus, errent dans le wagon.
Derrière eux une pensée se déroule : ils l’entendent comme la liraient bien que ne la voient. Alors se figent. Ne se posent pas puisqu’il n’y a rien à, mais, immobiles, cherchent dans l’espace l’assise de la parole entendue. Celui qui parle n’est pas là, pas plus presque que la source sonore puisque elle s’amenuise avec le temps, disparaît à la poche comme aux oreilles. Devant la fixité de ses yeux, le visage de même : bouche noué sur une expression étrangement neutre, comme se refusant à elle-même, peau inerte, paupières oubliées sur les deux, de plus en plus secs.
Ce n’est pas une image de la rêverie que les autres paires voient sur ce visage, mais ce qu’ils observeraient s’ils étaient à la place des mots, lorsque les yeux les lisent.
Nécessité régulière pour les deux bleus d’abandonner pour un autre identique ce vide scruté avec paresse sans que rien vu, mais dans lequel les autres voyageurs se sentent lentement décryptés. Tel des mots finissant par clamer le malaise ressenti à être transpercés sans cesse, les attitudes des regardés disent l’obscène de ne les pas voir alors que les regardant.
Vient pour finir l’idée de laisser les paupières les couvrir tous. Le noir offrant plus d’assise que tout ce que vu alors. Et supporter l’idée de devenir, soi, le scruté des autres, seul, debout en la foule, le wagon, nu en sa couverture, mal caché derrière sa quatrième.
Rouvrant les deux bleus.

Imaginer (scène)

Wolfgang Amadeus Mozart – Ach, ich fül’s (La Flûte enchantée)
Sandrine Piau (soprano)

Un parmi d’autres, foule rassemblée là. Un, sans que finalement vu autre que soi et ce qu’en face, loin devant en contre-bas : vaste scène vide et celle qu’elle porte — bien que pas suffisamment vaste et vide pour qu’elle ne soit pas oubliée au profit de la minuscule. Rien su de ce qui doit alors frémir dans l’immensité droit devant, autour et aux pieds ; corbeille baignoires orchestre. Elle doit pourtant vibrer, quelques incongruités sonores s’en échappant par touches, de celles qui d’habitude font frémir et plaquent violemment jusqu’au réel. Pas même sue l’immensité elle-même qui nie le gouffre dont elle se fait habituellement un rempart. La nécessité alors qu’elle ou soi s’extraie de la scène et cherche l’obscurité profonde jusqu’à Un(e) sans que finalement vu autre que soi, tant peu soi qu’au tréfonds pas plus vu que sentis. Extrait de, s’oubliant. L’espace si plein qu’il n’existe plus qu’en tant que réceptacle clos tel que de toujours, mais de proportion inconnues. Car quelles pourraient-elles être devenues pour que tout soit soudain si plein qu’il faille fermer les yeux pour s’y retrouver un peu, s’assurer que l’on est soi, l’entendant. D’autant que ce n’est pas un comblement qui exclue mais un qui fragmente l’entendant jusqu’à la dispersion en chacune des vibration, réduisant à présent la salle au rien du peu de corps que l’on peut maintenir autour de soi.

Les clos encore, deux plus que jamais, chercher au fond l’inconnu qui fait cœur, laisser aux sons tout ce qu’autour, inane si non noyau ;
essayer de le lui écrire, de le lui dire ;
espérer que le temps pour le vide de retrouver son espace, ce centre rassemblera à lui les fragment dispersés ;
être là, se chercher encore un peu, vouloir se perdre à nouveau,
quand elle se sera tue.

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