Imaginer (À coude)

Tête à main. Jusqu’à coude pesant, lourd soudain sur la table. Et de là le retour. Ou comme. La remontée de la table jusqu’à l’épaule. Humérus planté. Ici, mécanique compliquée d’arches et de piliers, de voûtes aux clavicula complexes. Sternum, acromion, scapula, ça passe, invisiblement. Le temps de le dire c’est maintenant en toute la chaîne puisque le système est stable, que cela tient. Équilibre — dans le polygone de sustentation se projette, à la verticale, le barycentre du système.
Continuer :
Côtes, les plus hautes au moins, pour atteindre la colonne et de là marches à marches, en haut encore, cervicales tenues par les haubans tendus jusqu’à l’occiput. Quelles proportions pour quelles apophyses, quelle transverse ? Ça passe, se glisse. Étage par étage les système trouve un état stable en attendant le suivant. Axis, atlas ; le crâne enfin. Ici c’est soudé de longtemps, la croissance à décidée de figer à jamais. Seule la mandibule s’agite encore parfois, mais pour l’heure elle est fixe, en ce repos paradoxal qui nécessite le travail des muscles. L’ensemble forme grossièrement une boule posée, endormie dans la paume pour la joue, peau à peau, tant qu’unique peut-être. Tête-main, jusqu’au coude. Pesant.
Un soupir ? Ça bouge, gonfle, ébranle.
Recommencer.

Imaginer (Alors, il.)

C’est déjà aujourd’hui encore le matin du renouveau qui s’éveille. Debout, en pieds, devant, on est soi et dans le dos, qui pousse, c’est une musique, qui glisse et caresse. Elle dit, susurre, ce que fut le passé et l’habitude nouvelle qui se faufile entre les jambe puis parcours un frisson jusqu’en haut. Une fois à l’apex rien ne cesse pour autant ; elle comme se prolonge loin, haut, tout en étant toujours chevillée au corps qui, lui, bloqué en ce qu’il est n’ose pas-même lever pour le regard de peur de rompe le lien, et qu’il reste, sans que derrière rien ne soit, ainsi, pour la peau en dessous et jusqu’à la racine des.
Alors, ne bouge pas.

Imaginer (à suivre)

Image, devant, que rien ne nie et rien n’affirme, reflet où le souffle ne fait pas buée et la main ne se glace pas ; image suivie dans laquelle l’hier se perd au loin, bien que reconnu ce lent frisson que l’année tourne, dépose — sur lequel on ne se retourne pas —, et que demain déjà comme singe. Miroir qu’occupe aussi, au centre, cette image sue de soi où seul le dos se montre ; que l’on voit mais qui ignore le regard quand elle devrait le refléter et avance sans qu’on parvienne à être elle ; aveugle immuable que le pas ne rattrape et dont l’abandon ne sait pas se laisser distancer. Chemin enfin au bas, sur lequel les traces innombrables ne clament pas moins l’inconnu, où nulle empreinte ne s’avoue être sienne, accueil où le pied repose en attendant le lit suivant. Avance sans que su qui, finalement, autre, ou autre de l’autre, guide.

Imaginer (balcon)

On s’assoira, ce jour, on montera vers, le bord du zinc fatigué qu’une mousse rase tatoue par endroits. Le froid à la peau, le frisson qui parachèvera l’isolement dans lequel un peu depuis la nouvelle.Ça passe. D’ici la ville et ses rues tracent les voies infinies qui parsèment la chênaie, toits et façades et fenêtres et halos de places en places. Et percée de la rue, sa rumeur dans la pente vers la clairière et son métro. Tout cet espace replié en les murs épais et les secrets de soi non sus et qui résonnent parfois derrière les lourdes tentures, aux pas des autres sous le lu. Replis pourtant, en lignes et paragraphes, et strates de pages, séparées les unes des autres — cahiers dit-on — il y a longtemps maintenant, mais qui gardent le sillon de ce couteau avide dans le vif du texte. Espace soudain qui ne connaît pas de deuil, s’extirpe du blockhaus au milieu de la foule en guirlandes ; infini déployé soudain qu’on voudrait dire, expliquer, comment l’on a scruté la mer et supposé la voile, comment le hameau bruissait d’où « elle sortant de la nuit chaque matin toute nette et claire, comme un galet d’où se retire le torrent. ». Espace et chemins dans l’infini littérature ; non pas direction mais signes simplement des possibles à jamais qui se travaillent pierre à pierre.
L’en forêt italique au dessus du récit par. La rugosité dans le nom, comme la rupture d’après la découverte, sur laquelle on tombe après avoir glissé sur le prénom doux. Une rose des vents et l’éditeur, à qui fidélité fut donnée — ce qu’en ce mot, le contrat à la langue comme au reste.
On s’assoira, ce jour, on montera vers, on cherchera, un balcon, un rivage…
Tremblement, peut-être. Le froid sans doute et l’inexploré, encore, par quarante-deux lettres et quelques ponctuations.

Musique : Second mouvement (andante) de la
Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur op.109 de Gabriel Fauré

Imaginer (clos)

Que nuit et sommeil seraient passés en oubliant le corps et la conscience de.
Que dans le noir, encore ; sur le dos ou qu’importe puisque les yeux, au clos derrière les paupières ne le vérifient pas. Au mieux le noir pourrait se teinter de rose sang, au travers du clos aux veines bleutées, prouvant une lumière, cependant que la non couleur ne serait pas assurance de noir. Dormir ou tout comme pour qui observerait. Lent cycle dans la poitrine, allées et venues d’air, atonie tranquille dans la main au sol et masque-visage oublié. Qu’eux, yeux non-clos derrière leurs closes, sans cesse veulent savoir. Mais ne cherchent plus d’images, plus de lumière. Il faudrait déclore, or on dors paupière baissées ici, Monsieur. Et puis ouvrir ce serait quitter la léthargie, laisser à l’éveil la place qu’il occupe déjà trop quand la conscience est là. Soudain savoir le corps au bout des doigts, des lèvres, connaître un cheveux qui y glisserait. Trop. Alors tandis qu’aucune volonté de voir ne les presse, ces yeux-ci sont occupés à scruter le sentis, ce qui dans le muscle patiente et n’abandonne pas totalement les os. La main, par exemple, celle qui gît au sol. Non sentis sol mais épaule et coude ne pourraient être ce qu’ils disent sans que cela mette la main au sol. Car l’anesthésie habituelle est en la main — elle, n’est pas — mais pas au reste du bras. Bien que sentis, triceps carmin, y projetant tout la volonté de mouvement que le poids du sommeil assomme, rien ne vient mouvoir ce soudain épais. De même à la cuisse, au dos qui pousse les vertèbres contre la peau qui les contient. Gésir. Qu’est-on se sachant mobile, capable de, où, d’où, comment et combien de pour lever la main, sans aboutir à rien. N’est pas repos cet étendu qui inquiète pour finir. Et pourtant l’aube du corps ainsi connue séduit un peu, comme mort mangeant en la main. Finir par hurler au muscle, au muscle, aux muscles, la peur que cela cesse. Tant que corps au dedans, maître à nouveau de l’enveloppe où le regard passait, curieux, incapable de parler aux muscles.
De la fenêtre où j’écris, hurlent dans l’ombre des insomniaques à leurs fenêtres.

Imaginer (aube)

Bitume, bitume, bitume.
Sur le luisant retour.
Les cicatrices familières, rigoles sans source ni delta, encadrent de petits champs teintés de gris variés, ocellés de chewing-gum morts que rien ne lavera plus.
Et, pour chaque parcelle, une date, gravée lorsqu’encore malléable le bitume fumait. Vie ou mort ? Où la stèle de ce tombeau ? Qu’en dessous ?
Cadavre de ville desous le macadam.
Babil de communications, cavalcade d’électrons, lentement dilacèrent les rues pavées enfouies, maisons et caves en décomposition, jardinets, et escaliers aveugles. Tandis que de pseudo-nappes corsetées de cuivres digèrent les derniers reliefs, ne reste sous la tombe qu’une terre livide, d’où rien jamais ne pousse.
Certaines graines s’y essaient, champignons ou chênes, rident le front élastique jusqu’à ce qu’à force de vague le tombeau se fissure.
On comblera bientôt, cette mort qui persiste jusqu’à nier l’oubli.

La ville cepandant qui bourgeonne et s’étale, belle sous la pluie comme lorsqu’aux toit lointains glissent des langues bleus qui teintent les fenêtres.

Nul besoin pour ce, de ce terreau stérile, scellé de gris daté.

Penser ici parfois,
passant,
déposer en pensé,
le vert de quelque houx,
et des fleurs-bruyères.

Imaginer (falaise)

Une première expérience, dans ce billet, de mélange du texte et de l’image.
Un grand merci à Sébastien Van Eyck (fondateur de Not a Number), pour l’ensemble de la technique.
Concernant la technique, il se peut que vous ne voyez rien…

– Certains agrégateurs de flux rss n’affichent pas bien le flash (google reader, par exemple), allez voir le blog lui-même ;
– si vous n’avez pas le plugin flash, votre navigateur devrait vous le proposer, accéptez ;
– si vous utilisez internet explorer, pas de panique, cliquez ici ;
– si les caractères accentués et autres sont mal affichés. Dans firefox allez sélectionner Affichage > Encodage des caractères > Détection automatique > Encodage universel à partir de la barre du haut ;
– C’est encore une phase de test, et blogger est « capricieux ». Si vraiment rien ne s’affiche sur cette page, rendez-vous .

Une fois sur la bonne page, attendez que le tout soit chargé et taquinez votre souris…
Ce n’est qu’un petit essai, d’autres variations à venir, j’espère.

Imaginer (le retour)

« Le moment est venu de ne faire plus qu’un.
le moment est venu de détruire sa maison pierre par pierre.
le moment est venu de se lier les pieds et les mains et la langue et la tête.
le moment est venu de se précipiter corps contre corps, de se mêler corps contre corps, de fondre les corps dans les corps. le moment est venu de l’abandon et de l’anéantissement dans le gouffre glacial, aveugle, immobile grondant, et souverain de… »
B-M Koltès La marche

Sous les pas le temps, solide soudain, résonne au talon, marquant au corps pas à pas la vibration du passé qui pousse l’autrefois jusqu’au maintenant en un frisson. L’image se trouble un instant sous les yeux a ciller, revêt le costume d’avant, au même gris que celui du présent. La marche ne trouve plus rien du terrain souple coutumier qui d’habitude comme pousse au lendemain et roule, dans le dos, les vagues une à une d’hier, dont l’écume glisse aux talons un instant encore avant de s’abandonner à la mer du souvenu. Roulent encore au fond, dans l’attente d’un retour, peut-être, à la grève. Chaque pas à pas dans les os révèle tel grincement de la poignée, tel poids de la porte contre laquelle l’épaule — ces os là aussi — lance son présent et se heurte aux souvenus, lourd ; tel froid sous la dentelle lactée de la main, aux vertèbres saillantes sous la peau apeurée ; l’espace que l’extérieur ne présuppose pas et duquel naît l’écho ancien que la semelle écrase sur le béton poussiéreux ; de chaque horizon-mur à trois cent soixante autour se détache un mur, gris encore, que l’os connaît, il s’y voit s’y presser, s’en extraire avec image, sons, odeurs, y retourner une fois le regard passé. Ne plus marteler, pas à pas, clore sur prunelle, se creuser pour atteindre l’os et chercher les détails, serait renaître au présent, charpente comme neuve sous la chair, mais fissurée peut-être, prête à rompre, à se fendre, et s’écrouler jusqu’aux caroncules, ici au creux de la rémanence du temps. Frapper encore Chronos sous les pas ; sortir, trouver la porte vers le présent du dehors ; marcher encore jusqu’à ce que le sable se glisse en dessous à nouveau ; retrouver pour finir la mer lente dans le dos, alourdie elle aussi de tous ces os noyés, souvenus.

Imaginer (la pluie)

Vieille soudain.
Le dos, mal. Les yeux comme trop petit, et rougis un peu ; bien peu vu. Pourtant oir ne nécessiterais que la tête à tourner mais le cou ne le peut plus, encadré des épaules qu’habitent un lente douleur grinçant jusque dans les jambes, par l’arc des vertèbres soudées.
La montagne escalier devant attends : dans peu il faudra, marche à marche, bougie en main, aller faire lumière au plateau et rendre à chacun ces objets que la pluie a dispersés.
Quelques pas, lourds et lents en coulisses, aller guetter ce que la lumière murmure aux planches et que la musique leurs dit déjà. Encore. Ne pas autre qu’aller voir, encore. Lui glisser un au-revoir, encore. Comme les autres soir, encore. Quand les mêmes mitaines aux mains, la même accumulations de vêtements au corps. La jupe noire que ma main essoufflée soulève un peu pour glisser vers le public pendant qu’il s’installe. Une noix offerte, un bonbon poussiéreux.
Sur scène, Hanna, lentement, laisse A. souffler la bougie du souvenu, de la fatigue, celle de l’accumulation lourde à son corps comme soudain au mien. Il faut bien que ce finisse. Savoir que. L’accordéon égrainé dans le silence absolu de la salle. Son regard, d’elle à lui, dans la fumée de la soufflée. Puis, petits pas lui pour elle, aussi, vont la coucher au milieu des siens. De ceux qu’elle a choisi pour siens. Abandonne le gant qui était main. Bruit de velcro, les jambes rendues à l’ombre de la jupe pour qu’A. la porte un peu plus dans ses bras ; perdre pieds. Su déjà la main qui se dégage. L’autre qui couche la visage à sa paume-berceau. Il l’allonge. La couvre.
Le train va crier dans le noir qui tombe pour s’arrêter, encore, ils s’y entasseront jusqu’au claquement de la porte sur l’oubli.
A. me frôlera ; vieille, pour les doigts gourds à rallumer la bougie, pour les marches, pour la lumière au plateau. Sous le masque figé, tremblement aux dents, aller petits pas, ne te dandine pas, Olivier quelque part en tête. Loin. Souvenir de.
Tellement vieille soudain.

Musique : Toute information sera la bienvenue…

Imaginer (creux)

De ces vécus que les répétitions n’émoussent pas. Sus sans qu’ils soient craints, pas plus que cherchés, ou convoqués.
Oubliés presque jusqu’à ce qu’une fois la position prise — appuyé, demi-caché contre le bac du palmier chétif, guettant le cri de l’acier sur les rails — les souvenus déclosent du terreau où ils demeuraient pour se fondre en l’instant lui-même.
Si bien que rien ne saurait plus distinguer alors, dans le sentiment qui creuse le ventre, la part des épisodes répétés du visage attendu parmi la foule, de celle du moment présent.
Tandis qu’enfin immobile, le train libère les premiers et le poids de leurs bagages, on est à guetter un indice qui ramènerait au présent, et l’assurance d’être ici, attendant, dans la réalité simple de l’instant et de cette image-ci : la salle, l’attente, les regards qui cherchent, trouvent, les corps noués, l’intimité des bouches, le fracas des pas, des cris, qui plongent vers les bras attendus, une solitude qui passe sur valise à roulettes et les bancs jamais vides de l’attente ou de la solitude. On en est, l’échine piquante et les idées en carton qui cessent soudain dans un mouvement de mécanique rouillée, comme une pendule du présent restée figée dans le passé, mais qui penserait encore les secondes.
Même l’angoise de rater l’attendue dont on guette le visage pour y lire la surprise ne démêle pas les instants. Car bien qu’aucun des souvenus ne vienne corroborer cette possibilité de finir seul sur le quai nu, il est certain que ce sentiment occupait déjà leur passé, comme il semble occuper le présent. Sont-ce alors les souvenirs qui poussent le sentiment d’alors jusqu’à l’instant ou une peur nouvelle ce jour, telle qu’elle pouvait peut-être l’être les fois précédentes ?
Entre tous les inconnus que le regard effleure à peine, chercher un visage où poser le souvenir du visage. Faire que l’instant oublie le passé et que le reflux de la vague qui brûlait la poitrine lisse sur la plage des sentiments une douce étendue espérée.


Musique : « Rrrrrrr 1 : Ragtime-Waltz »
Mauricio Kagel (piano : Alexandre Tharaud)
(Qui sera rapidement retiré de ce site, oui, et immédiatement
sur toute demande de la maison de disque, naturellement)
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