Imaginer (pluie)

Nu. Serait nu — ou comme.
Et dressé. Nu et dressé. À l’attendre. Unique.
Pas une des innombrables autres, semblables dont on ne veux.
et qui passeraient, comme invisible à la peau.

Serait le temps. les heures.
Le froid. le vent.
Le vert, partout autour.

Tomberaient de haut, de très haut.
D’infiniment. pour l’image du nu, dressé dans le vert, à attendre sous la nuée des tombées infinies.
Visage offert. où les yeux. dressés aussi.
Le cou cassé pour la tête renversée.
Et les écarquillés à guetter sans cesse.
Comme si attendu qu’elle soit distinguée de toutes, unique pour ce qu’elle est espérée.
Alors qu’à moins que ce soient les écarquillés qui finalement la sentent, peu de chance sinon qu’il la reçoivent au moins qu’il l’aperçoivent.

Bras. impossiblement autrement que pendant.
(même impossiblement aux pieds ancrés).
Sur le front, sur les épaules, sur la bouche aussi, frapperaient celles qui ne la sont pas.
Encore et encore. sur toutes zones que la sensibilité inonde sous peau. Inonderait.
Chacune d’elles, sitôt tombée, passant. Plus goutte déjà. Vite chassée par la suivante non voulue non plus.
Toutes renvoyées au rien, avec le vent et le froid et le vert.

Elle. ne glisserait pas, ne ferait pas rigoles et sillons, agrégée aux autres.
Elle. sur cible-peau. Ploc. Là où de toujours attendue une fois que sentie.
Elle. fin de la patience.
Début. du début.
Du re-début.
Chaque sensible-peau, un à un, repartant au zéro unique de cet enfin-là. Et chaque sensible sous peau de même.
Cessant la nécessité d’oublier tout ce qu’avant l’attente. Longue au cours de laquelle rien d’autre que cet oubli pour combler.

Et l’espoir. L’oubli et l’espoir pour la patience.

Alors, à bout de patience, ploc, re-sentirait à nouveau, du début. Re.
Nouveau début.
Re-nouveau.

Imaginer (double bass)

Trois.
Deux et celui qui chante à l’oreille. Trois dans le noir. Non qu’ils ne soient pas éclairés. Au contraire. Seuls eux le sont. Mais tout l’immense reste n’est qu’obscurité. Tant obscurité que chacun n’est finalement qu’un, avec sa lumière, au creux du noir. Eux-même ne voient que du noir. Et s’ils ouvraient les yeux — ce qu’il feront peut-être à un moment — tout l’autour ne serait que noir de même. Tout sauf les deux autres, bien entendu, éclairés de même que celui qui regarderait alors. Les regarderait-il pour autant ? Rien n’est moins sûr. Qu’il soit celui qui chante à l’oreille ou un des deux autres, il préfère les écouter. Sans doute, s’ils ouvraient les yeux, regarderaient-ils le noir. Avec une préférence pour le noir qui se trouve juste en face d’eux. Il le faut, bien que tout ce qu’en face devienne une incertitude, un doute lorsqu’ils sont ainsi dans le noir. Quoi qu’il en soit, leurs yeux sont la plus grande partie du temps fermés. D’autant plus s’ils chantent à l’oreille. Non, pas ils, mais il, puisque un seul chante. Et pas vraiment à l’oreille. Elle est trop haute pour que, courbé comme il l’est, sa bouche y parvienne. Les autres aussi, bien qu’assis, sont en quelques sortes courbés, sans raison apparente de bouche ni d’oreille. Tout du moins les imagine-t-on facilement courbé. Comme on imaginerait tout autre qu’eux courbé de même dans cette situation. Pour entrer dans l’image.
Il lui chante à l’oreille surtout lorsqu’il est seul, ou tout comme seul puisque il ne l’est jamais totalement, les deux autres l’accompagnant dans cette boucle. Et, au fond du temps, chantant tandis qu’il la referme, il s’apprête à la reprendre pour eux. Chantera-t-il alors ? Peut-être, courbé comme il l’est, se laissera-t-il chanter à l’oreille à son tour. Quoi qu’en fait nul ne sache si, quand il chante, il chante pour ou avec. S’il accompagne, s’il souffle, imite, ou s’il encourage. Peut-être même ne chante-t-il ni pour ni avec. Peut-être n’est-ce que pour lui. Ce serait la raison pour laquelle il reste là, dans le cou, dans le noir, sans chercher l’oreille. Lui pour lui comme elle pour elle. Dans les bras l’un de l’autre sans nulle autre nécessité de communication. Marmonnant chacun pour eux, bercé par le crépitant d’à côté… non. Il chante à l’oreille, l’image est ainsi qu’il lui chante à l’oreille. Et qu’elle lui répond, l’accompagne, lui souffle ou l’imite, nul ne sait. Mais, toujours, le crépitant les bercent. Lui en fait n’était pas là au début. Il avait sa lumière, dans le noir, mais ne crépitait pas encore. Ils se sont tu pour qu’il se lance ; puis l’ont rejoint ; et depuis, à mesure que les boucles se bouclent, il crépite de plus en plus, avant de cesser à nouveau et de se taire à jamais comme les autre à l’issue de la dernière boucle.
Sans doute entend-il le chant. Bien que ce dernier ne soit pas à son oreille et que celle-ci ait le crépitant pour elle, il écoute le chant. Et le berce dans la boucle. Trois donc. Celui qui chante à l’oreille, le crépitant, et le troisième. Courbés sous la lumière, dans le noir. Pour l’image.

Et le son.

Musique : « You look good to me »
We get requests (1964)
Oscar Peterson (p), Ray Brown (b), Ed Thigpen (d)

Imaginer (voix)

« J’écris autrement que je ne parle,
je parle autrement que je ne pense,
je pense autrement que je ne devrais penser
et ainsi jusqu’au plus profond de l’obscurité »
F. Kafka

Voix en soi. Ou de soi. Voix ou idée de. qui serait la voix du mot écrit ; celle que ne parle pas la langue ; une voix musique ; une voix oreille.
Une qui sais, ou qu’on crois savoir sachant. Quoi qu’il en soit nulle autre à écouter. Pas même vraiment le choix de ne la pas écouter.
Du dedans, elle dit. Plus souvent du silence et du vide, mais pas nécessairement dès que silence ou vide, elle dit.
Que dit-elle ? Rares bribes et mots tronqués surgissant sans suite et raison, ou multiples long rubans de langues affolées fuyant vite.
Et Non. Du dedans elle dit non.
Non. Parfois, et même souvent, Non, dès qu’on lui cherche un substrat extérieur à soi.
Non, dit-elle, Ce n’est pas ce que dit, dit-elle, Encore, dit-elle, Recommence, dit-elle.
Redit-elle ? Elle redit. ou semble redire. Avec d’infinies variations infimes, elle redit. Sans que le redit soit plus su que le dit.
Lorsque finalement, Ne sais pas, Suis fatigué. Faire taire par l’étouffement d’elle sous le vu, le lu et l’entendu d’autres pour combler. noyer en fait. Un temps. Car insatiable, bien entendu. Et les silences guettent.
Quand la langue finalement la parle, essaie de la parler, la voix ne se reconnaît pas et, bien souvent, lorsqu’écrite elle se lit, non reconnue non plus ; elle le dit, Ce n’est pas ce que dit. C’est qu’hors de la boue de soi, elle se perd. Car, en admettant qu’elle puisse l’être, elle ne peut être qu’extraite de l’enveloppe de soi d’où elle résonne à l’intérieur. On la sait peau, limite, barrière de soi. En dedans d’elle seul soi peut être ; en dehors tous êtres le peut, sauf soi.
Alors totalement en dedans, enfermé à jamais ? Non, reste les bouts de soi, jetés à l’extérieur. Mais chaque mue d’elle ne la révèle pas — la mue est morte et la voix, du dedans, le dit encore, Ce n’est pas ce que.
Alors, À vif, les couches grattées, les mortes-mues dépecées avant que sèches, aller chercher la vivante en dessous.
Voix.
Que dit-elle ?
Non.
Recommence.

Imaginer (webcam)

Celui qui me regarde n’est pas moi.
Les yeux, deux, le décalage par la saignée blanche au dessus du droit, oui ; la bouche carmin, oui ; les cheveux, même : oui.
Mais, bien qu’il me regarde comme d’autre m’ont regardé et qui étaient moi, il ne l’est pas.
S’il l’était, comme par exemple l’est celui qui me regarde depuis les miroirs — et qui est moi, celui-ci, je le sais —, il lèverait la gauche lorsque moi la droite, ce qui le porte serait froid et la transparence parfois l’estomperait un peu, me révélerait un autre monde derrière ce moi-là. De même parfois surgirait-il de la transparence, moi tout à fait, bien que translucide et fugitif.
Tout ce, donc, qui le différencie de moi et me le fait reconnaître en tant que moi me regardant. Pouvant le faire.
De même suis-je moi, ombre qui me regarde, silhouette fondue qui coule et colle au support. Lève son moi gauche lorsque moi mon droit. Et pas sa droite pour la mienne comme celui-ci qui me scrute et m’imite, que je ne reconnais pas.
C’est encore moi, immobile et glacé qui me fixe dans les photos, moi figé, alors que je le tiens, moi, dans ma main.
Me regardant.
Bien moi, aussi, qui me voit dans un film à travers le décalage du temps et le souvenir de ce moi là que j’étais et qui me regarde à présent. Et que je reconnais, naturellement.
Il, depuis la fenêtre et l’écran, dans une pièce qui se joue la mienne en tout point, me singe sans cesse.
La saignée blanche à droite, soulevée de surprise, froncée de colère. aussi.
Tout essayer. Feintes et jeux de lumière.
Patience. Sa réalité le fera bien quitter la mienne.
(et me le faire connaître pour ce qu’il)
Il me regarde encore.
Mais ce n’est pas moi.

Imaginer (commentaire)

« et si l'encre sait boire le papier, elle sait mieux encore s'engloutir sous les formes qu'elle dessine. »
Arnaud Maïsetti

S’engloutir sous.
Et de là gagner, fibre à fibre, le terreau de la forme. Où. Et d’où.
Que le réseau du terreau se fasse câble, réseau de même, fibre de même, où s’engloutir de même ; alors la forme gagne un terreau autre.
Où formes et encres s’engloutissant.
De même.
Où le papier bu par l’encre hyper-bleue — soulignée bleue — renvoie à d’autres : papier encre câble terreau fibre fibres terreaux câbles encres et papiers.
L’hyper-bleue, s’étant englouti sous, se fonce, comme un sang chargé d’oxygène nouveau à dispenser plus loin.
À autre. autres.
Vide, elle revient combler ses hèmes, avec cette faculté d’avoir d’autant plus d’affinité pour la forme qu’elle s’est engloutie dessous.

Oxydée encore de papier bu.

Imaginer (encore)

Y revenir.
Encore.
Y revenir. Ré-ouvrir. Re-lire.
Encore.
Re-Thomas, re-l’attente, re-le dernier, re-de K à.
Les mots, un par un. Et (p)hrase. Et ()ragraphes. Et ()ages.
Non, trop vite, mangé par, encore. Pas compris.
Re-(p) & (p) & (p).
Encore.
Avalé. Pas par l’histoire. Pas par le livre. Mais par les mots & () & () & ().

Imaginer (Il bouge)

Je ne le connais pas vraiment.
Je suis en face.
Je ne le touche pas. Presque, mais pas.
Je ne le connais pas vraiment.
Il comme dort.
Un livre à sa main glisse un peu.
Je ne le connais pas vraiment.
Au début je ne l’ai pas vu. Je me suis juste assis. Mon livre.
Il bouge, comme moi balancé.
Je ne le connais pas vraiment.
Qu’est-ce qui l’harasse et l’écroule à cette heure ?
Le livre va tomber. Ma main est prête.
Je ne le connais pas vraiment.
Un sursaut. Les yeux. Le livre est sauf.
Un peu gêné. Regarde autour.
Se rendort.
Je ne le connais pas vraiment.
Ma fatigue un peu.

Imaginer (berceuse)

Sortir, comme s’enfuir, vite de ce lieu là, qui résonne de plus en plus, une onde sans cesse à chaque échange de regard vers la scène vide que seule la lumière habillait majestueusement.
Impossible d’en détacher ton regard, puisque du vide parvient encore à mesure qu’il se vide ce qui à mesure te remplit toi — trop.
T’étais-tu préparé à ça ?
Finalement tu es le dernier à être encore assis. Ils se pressent vers le vestiaire, le bar ou la sortie.
Tu vas te lever. La silhouette est comme encore là. Temps qu’elle finisse.
Mais que se passera-t-il une fois debout ? Car si le vide te nourrit encore nul doute que par contraste l’autour sera un creux plus grand que ce qui palpitait encore sur scène et est tien maintenant. Berceuse.
Passer le long des fauteuils, la porte qui conduit vers le couloir circulaire et l’entrée jusqu’au dehors.
Rien, ne rien, tout du long, qui puisse sur toi montrer ce qu’en dedans.Pudeur pas même voulue puisque la tempête à venir n’est pas encore comprise. Mais pousse aux caroncules.
Avance.
Tout du long, chaque pas, chaque regard chaque son, nouveau, te renvoie ce qu’était deux heures durant et que tu passeras ton temps à rechercher. Cette perdition totale salvatrice.
Une fois l’air frais que tu ne sentiras pas — seuls le dehors et l’éloignement auront de l’importance — laisse, abandonne.

Imaginer (Envie 2)

Envie de
soi blotti
contre soi-même
ou autre que soi.
Ou autre que soi
contre soi-même
soit blotti
en vie, deux.

Imaginer (blog)

Le blogueur ne serait-il finalement pas dans le noir ?
Imaginant pour se tenir compagnie ?
Un autre dans le même noir ou un autre — le réseau est vaste — à qui une voix dit, Tu es dans le noir.
La majeure partie de ce qu’il entend ne peut se vérifier. Comme par exemple lorsqu’il entend, Tu écrivis ta première note tel et tel jour et maintenant tu es dans le noir.

Que pour se tenir compagnie le blogueur cherche la position qui lui siérait le mieux, à lui, dans ce noir là.

Ne sachant pas même — cet autre à qui la voix — l’espace occupé par le noir. La voix pourrait le lui dire. Comme, Le noir bien que fini est immense et sans cesse croissant et nulle carte n’en fait précisément l’état. Sans que ce ne puisse être plus vérifié que le reste.
Elle le dit à lui ou à un autre puisqu’ignorant si dans ce même noir ou un autre un autre pourrait entendre la voix. Si la croissance du noir est telle qu’elle le lui dit les chances qu’un autre y soit grandissent à mesure que diminuent celles que dans cette immensité cet autre entende la voix.
Quelle contribution ce serait à la compagnie. Un ou des autres entendant ce que la voix dit.
Mais la voix ne le lui dit pas. Pas encore. Sans doute peut-elle finir par lui dire, Tu es dans le noir et un autre que toi entend une voix qui lui dit comme à toi, Tu es dans le noir et un autre que toi entend une voix qui lui dit comme à toi, Tu.
Serait-ce alors vraiment à lui que parle la voix ? Ou à cet autre dans le noir ?
Qu’elle égrène un passé.

Une autre voix pourrait-elle commenter ? Disant, Tu es dans le noir et une voix te parvient. Ou, Tu écrivis ta première note tel et tel jour et maintenant tu es dans le noir.
Une seconde voix. Ou une multitude. Pour la compagnie.

Continuant le blogueur pour celui dans le noir. La voix et le passé égrené.
(ou un autre encore créant le blogueur l’autre et la voix (et l’autre) — vite vite motus)

Pour en finir à tout prix tant bien que mal, le blogueur ne se murmure pas mot à mot, Je sais voué à l’échec ce que je fais et néanmoins persiste. Non, Car la première personne du singulier…
Muet il s’obstine. Jusqu’à entend comme quoi les mots inanes touchent à leur fin.
En fin de compte ne serait-ce pas une fable ?
Et le blogueur tel que toujours ?

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