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tremblementImaginer (frigo)Tremble encore. Soudain tremble encore. Assise. Elle regarde le frigo. Ce n’est plus l’ancien mais un nouveau ; pour ce qui la concerne, la réplique de l’ancien. Pas vraiment ne tremble. Demande encore supplie sans condition ni réserve puisqu’il y a nécessité soudain, tant qu’au-delà de l’image habituelle de petite courbée perdue dans sa blouse tâchée. Vous allez tout me réexpliquer depuis le début Quoi Rien de plus que l’ancien, rien à toucher — je l’ai mis en route — rien à régler — je viens de visser les poignées —, plus qu’à le remplir. Elle tremble. Ne tremble pas vraiment, s’agite plutôt. Demande encore. Récapitule. Encore capitule. Ce n’est pas l’ancien. Pas de la peur, mais de l’angoisse. Elle dit sa famille, un problème. Il n’y en a pas. Sinon que le frigo est de la famille, l’était, l’ancien l’était. Soudain mort et ce nouveau livré pas même les poignées vissées, pas d’outils pour le faire, fini par appeler, un technicien mardi — lui ai dit jeudi que je viendrais avec un tournevis ce lundi, et j’ai mon tournevis. Sont visées. Ouvre referme. Très bien, alors on va tout récapituler. Ouvre encore. Légumes en bas Oui. Et laitages. Alors annuler le technicien. Appeler, encore ? Ou le laisser venir. Pour récapituler. Impossible de laisser le frigo, ce nouveau, là, en face de la chaise, la sienne. Quoi sinon m’interposer, mon corps, rappeler ce pourquoi je suis là, faire diversion. J’ai mal, vous savez. S’assoie. Se relève. Outre la barrière de mon corps. Ouvre. Ferme. Elle avait des tellement de questions.
Imaginer (dépasser)À marcher donc. Les l’un après l’autre pas plus pointe que talon, large contact au sol de l’ensemble du pied comme plomb pour retour quotidien plaqué au sol encore. Jusqu’où encore ? En attendant — quoi — du dos parviennent des sons, de plus en plus des pas à mesure qu’ils s’approchent, de plus en plus ils montent, inconnus pourtant toujours dans le rien qu’est un pas, jusqu’à hérisser la nuque. De loin derrière jusqu’à toucher presque avancent plus vite que ses pas à pas à elle et dépassent finalement, comme ignorant la nuque qu’ils croisent et qui se tendait pourtant à rompre de leur arrivée. Bruis de pas de loin puis rien d’autre que le dos s’éloignant loin devant de moins en moins pas, s’éloignent bruits et dos en emportant la peur qu’ils avaient soufflée là, dans la nuque ; un souvenir froid y reste comme attendant la suite.
Imaginer (reprise)Assise, il fallut bien qu’enfin à défaut de fin se lève et reprenne le pas. Sans autre raison que le défaut dans lequel le tremblement s’installait. Pas même l’idée que les l’un après l’autre au sol puissent aller contre le tremblement, alors que tant de possibles ; comme celui, simplissime, que l’ébranlement pas à pas couvre en volume les salves régulières du dedans. Et nombres autres possibles encore, s’échouant un à un en pas même non plus.
Imaginer (des jardins)Assise sur le banc là à trembler encore, attendre. Quoi ne sait. Qu’il cesse sans doute. Ou l’oublier. Qu’il se fasse, plutôt, puisque rien à y faire. Lent tremblement profond à frapper sans cesse. Tout de l’autre de toujours en poitrine mais sans la rassurante régularité, l’art de se faire oublier de celui qu’on tremble. Le récent tremble par bourrasques, par grincement sous la peau ; et loin sous elle. De cette posture de tremblement découvrir plus haut, loin autour, les jardins de la ville, perchés dans le béton et la pierre. Vert.
Imaginer (cerf-volant)Assise finalement cependant que debout depuis le matin. Depuis le matin tôt, debout de places en places, au rythme quotidien des jours d’hier. Ayant finalement cédée à cette soudaine nécessité de l’assis, tandis que passant devant cette place où s’assoir sans que jamais ne s’y soit jamais auparavant. Et jamais tant eu l’idée que la nécessité de le faire bien qu’y passant souvent ; au point que n’ayant jamais vraiment vu cette place pour assis ou une des autres, pour assis aussi, parfois non présents malgré leurs ombres encore longtemps gravées. La leur ou celles ce ceux à venir. Assise donc à l’une des places qu’elle ignore au long du jour, que d’autres y soient ou pas, cependant qu’elle, de places en places, rythme des jours d’hier. Non pas assise à cause du tremblement survenu depuis qu’a cessé le pas. Ça su. Le tremblement non-cause. Pas même un pressentiment de tremblement, une anté-idée. Car jamais n’en a connue de cette sorte, lent et profond, comme issu d’un autre qu’elle qui l’aurait prise dans ses bras jusqu’à lui communiquer ces sursauts trop réguliers. Est-il pressentiment possible d’un inconnu ? Une crainte d’un non advenu qui n’aurait d’autre expression que la nécessité soudaine de l’assis ? Non su. Ne tremblerait alors pas mais serait tremblée, lentement tremblée comme bercée. Nul froid non plus qui l’y pousse — elle a même plutôt chaud, assise sous le poids des couches accumulés qui l’assaillent. Elle n’en tremble pas moins, sans qu’aucune partie de son corps n’en porte la moindre trace, le moindre frisson sous la chair. À regarder ses mains un fil en partirait, haut, souvenir d’un cerf-volant qui, grondant si loin qu’un rien finalement vu au vent, raisonnait dans son fil son combat perdu, jusqu’à la rupture qui la laissa seule, le souvenir entre les mains du soudain creux qui l’envahi alors.
Imaginer (chute)Pas à pas, je tombe. Je ne vais pas, ni ne le suis encore : rien de l’avenir ne me concerne plus ; quant au passé je l’ai oublié. L’instant seul m’importe, et donc ce maintenant pendant lequel je chute, qui m’ensevelit dès à présent sous mes propres pas. Chacun d’eux, l’un après l’autre, me confirme cette sentence.
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