A_Maïsetti

Im… (ville-écran)

Sous l’incitation de Jérôme Denis (de Scriptopolis) et François Bon (de Tiers livre), le premier vendredi du mois est l’occasion d’un Grand Dérangement : idée d’écrire chez un blog ami, non pas pour lui, mais dans l’espace qui lui est propre. Autre manière, comme l’écrit Scriptopolis, d’établir les liens qui ne soient pas seulement des directions pointant vers, mais de véritables textes émergeant depuis.
Voir ainsi l’échange entre Liminaire et Fenêtre open space...

Pour le Grand Déménagement #1, Arnaud Maïsetti occupe l’espace ici, et ce jour, je suis chez lui.

Ville qu’on affranchit de tout quand on marche sur elle. C’est pour la prolonger, et nos pas la fondent, oui. Ville qu’on affranchit des distances, d’abord : et de l’espace qui se serre en moi, il ne reste plus que l’écart qui sépare le pas posé et le geste qui l’écrira plus tard (pas trop tard) ; écriture qui cherche l’intervalle mesurant la distance entre la vie et son récit. Ville qu’on affranchit aussi du temps passé à la combattre : les heures d’astreinte où il faut aller, les premiers métros, les derniers métros, sont la seule horloge du temps pour moi : entre, ce n’est que du temps mort ou vivant de l’occuper, de l’emprunter : de l’échanger surtout. Contretemps instable des heures qui meurent et vivent seuls, sans qu’on les pleure. Ville qu’on se donne et qu’on se partage comme sur un coin de table, les verres, les adresses : dans les paroles qu’on échange, c’est la géographie de la ville qu’on voudrait formuler, dessiner les contours — et c’est toujours d’elle qu’on parle, sans doute. Sur l’écran, les mots qui la disent cartographient, signalent les directions : ici, là. Ville qu’on affranchit quand on l’écrit : libèrent les paroles qui l’arpenteront.

Arnaud Maïsetti

Imaginer (Markowitz)

Naturellement je suis souvent trop enthousiaste du net.
Naturellement : il faut bien que je (me) justifie le temps que j’y passe.
Naturellement.
Ce mardi, retransmission en direct sur remue.net de la rencontre avec André Markowicz. Image floue, grise, saccadée, mais voix claire. voix. portée, pleine et portante.
(non, vous ne la verrez pas. pas sûr qu’il y ait eu d’enregistrement. ça parrait naturel de se dire « c’était sur le net, il y a trace ». non. c’était sur le net, en direct. comme c’était en direct, pour ceux qui étaient sur place. c’était en direct pour tout ceux présents. ça n’est plus en direct. ça n’est plus. il en reste les echos. il va y en avoir. commencez par celui d’Arnaud. ou plutôt finissez par lui.)
L’après-midi il y avait eu petit courriel de Fred concernant fin de mise en page des Anticipation d’Arnaud et en note, en bas, le lien vers le futur direct. (j’ai la date, l’heure, de ce courriel. j’ai le courriel. pas la vidéo). Markovicz. Le fameux. J’ai fait relecteur typo avant mise en ligne des Gens de cendre sur publie. Donc pas vraiment lecteur. Je ne sais — naturellement — pas qui est le traducteur des Dostoïevski que j’ai lus.
Le soir, 19 heures et quelques, Arnaud en chat (j’ai les logs du chat. j’ai la date. j’ai l’heure. je n’ai pas la vidéo) me rappelle que ça a commencé. Deux raccourcis claviers pour ouvrir l’onglet. Deux mots échangés sur ce que l’on (ne) voit (pas). Quelques autres sur ce que l’on entend. Puis silence, on écoute. Chacun à un bout du net sans bout.Puis c’est fini. Image noire. Enthousiasme bien sûr. « il faudra que je re-regarde cette vidéo. Que je l’envoie à Julie. Espérons que Sarah l’a entendue » (je n’ai pas la vidéo).
Julie au téléphone dans la journée. Hasard. Bien entendu, Markovicz. Et je lui dit que je lui envoie le lie vers la vidéo. Elle doit bien être quelque part. Sur le net. (je n’ai pas la vidéo).
Hier, j’ai presque fini la mise en page de la version ebook des Anticipations. Courriel à Arnaud, Fred et François, pour avis. Et un PS à Fred « la vidéo ? de Markovicz ? ». Réponse peu après « que du direct, sais pas si la maison de la poésie va en garder une trace enregistrée » (j’ai les deux courriels. dans l’ordre. dates. heures. par fil de discussion. pas la vidéo.)
Arnaud répond avec lien vers son échos.(pas la vidéo).
Voilà, maintenant, dans la chronologie, vous devriez aller lire Arnaud.Naturellement, je suis souvent trop enthousiaste du net. Naturellement. Mais enthousiaste quand-même. (même si je n’ai pas la vidéo).

Imaginer (½ vie)

— Si ce n'est pas la terre — qui ?

   — Elle encore, au dedans d’elle, au plus profond de ce qu’elle est. Creuser, sans nécessité de plus qu’une poignée, la moitié d’une, tant qu’elle est la bonne. Se baisser jusqu’à elle, Terre, lente révolution et rotation, jusqu’à la poignée, de laquelle extraire le grain, l’infime, mais constituant d’elle pourtant, et donc elle-même, grain en révolution, poignée en rotation quotidienne autour du centre chaos.Attendre encore, et compter. Être l’assis, révolution et rotation, qui compte et attend la transmission d’infimes, mort des noyaux et leur renaissance en d’autres plus infimes encore — quelques échappés de la bataille e⁻,  γ, donc E. Le temps non plus ajout, addition de tours, retour au départ une fois la boucle, mais fin, scission, fission, du noyau lui-même et du temps nécessaire à ce qu’une ½ quantité cesse et renaisse autre + E. Non plus retour à bout d’élipse mais ½ vie par ½ vie la marche lente vers la dernière fission, la dernière ½ morte restante.
On creuse encore, on cherche la terre pour ces rien de césium à faire vibrer, pour ces quelques γ émis qui disent lentement, les micro temps qui s’accumulent. Reste pourtant, dans fond du temps, au le creux de la vibration, l’incertitude — de 5.10⁻16 seconde ? — avant que le doigts ne s’abatte sur la touche.

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